lundi 20 octobre 2014

Femme des années 10

Le truc avec la vie, c'est qu'il n'y en a qu'une seule. Une toute petite vie, quelques dizaines d'années, 8 ou 9 si on veut être généreux, et paf, c'est fini. Ce n'est pas un problème en soi, c'est juste qu'il arrive un jour où ça clash(e?).
Un problème de priorités.
En même temps, je ne l'avais pas vu venir. Après tout, ça fait des années qu'elles font tout, les femmes. Ca fait des années qu'on me répète qu'on peut tout avoir, sans rien y perdre. Ca fait des années qu'on me montre que c'est une question d'égalité, de modernité, d'évolution de l'humanité.

1 an de DEA, 3ans de thèse, 12 ans de post-doc; 15 ans de vie de labo, et je ne suis ici que pour faire bouillir les patates. Rien d'autre. Il faut bien manger. Et payer son emprunt. Consommer.
Mais voilà, tous les matins, je me réveille avec une petite main sur le sein, un petit sourire aux yeux ronds, et une petite voix qui me dit "no Tweenies !". Mais si mon chéri, Tweenies, maman et papa vont au labo, et toi à la crèche. Et le sourire s'envole. "No nursery !" Puis il pense à autre chose. "Zip off! Trains!" - et la journée commence.
Mais tu sais mon Doudou, maman aimerait bien dire "pas de labo!" tous les matins. Elle y pense, mais elle n'ose pas.
Pas encore.

Et le temps passe, et tu grandis, et je suis au labo à remuer du vent pour de l’argent.
Quel gâchis.

jeudi 10 octobre 2013

Voilà, c'est fini.

La première semaine a été un choc brutal.
Le premier mois, un cauchemard
Les 3 premiers mois, difficiles, laborieux.
Les 6 premiers mois, fatigants, intenses.
Les 9 premiers mois, beaucoup de travail.
Les 12 premiers mois, la meilleure année de ma vie.
Et voilà que depuis 2 semaines, mon bébé passe ses journées à la crèche. Et je suis là, au labo, à planter des graines sous la hotte et à essayer de rattapper une année de biblio perdue, et je n’ai aucune envie d’y être. Finalement, j’avais tort – je ne suis pas juste partie en congé maternité pour quelques mois; j’ai totalement changé de vie. Et mon fils me manque bien plus que le labo ne m’a jamais manqué.

dimanche 9 décembre 2012

Le quatrième trimestre

Bientôt 12 semaines. Presque un trimestre.
Pour rien au monde je ne voudrais revivre ces toutes premières semaines, ce premier mois. Une horreur.
En même temps, j’y retournerai bien si je pouvais y emmener avec moi ma mémoire.
Tellement de choses que j’aurai voulu savoir, mais qu’on ne pouvait pas me dire. Tellement de nuits blanches et de crises de larmes qui auraient pu être évitées, si je savais alors ce que je sais maintenant.

Ceci dit, mon bébé du 21eme siècle, celui que la sélection naturelle aurait éliminé en d’autres temps, né par césarienne d’urgence et nourrit au bouillon de culture pendant des semaines, mon bébé va super bien. Il est beau, il sourit en me montrant des gencives magnifiques, et depuis maintenant une semaine entière, il est nourri au sein exclusivement. Si on m’avait dit qu’il me faudrait 72 jours pour réussir à nourrir mon fils ˮnaturellementˮ, j’aurai surement haussé les yeux au ciel en disant whatever. Et pourtant.

Bientôt 12 semaines. Presque un trimestre.
Et je commence à paniquer a l’idée qu’il me faudra un jour retourner au monde civilisé, et laisser mon bébé kangourou aux soins de quelqu’un d’autre. J’ai encore 6 mois - 2 trimestres - avant de reprendre mes pipettes.
Et si un trimestre m’a semblé long, 2 trimestres me semblent bien trop courts.

StruggleMan & his sidekick GrumbleCat

mercredi 17 octobre 2012

La philosophie du masque à oxygène.

"Passengers are instructed to make sure their masks are on first before assisting other passengers or children"
Ce n’est pas si facile.
Et je ne suis même pas sure d’être d’accord.
Oh je comprends bien que ma survie est essentielle à la survie de mon fils, biensur. Mais comment fait-on la différence entre la survie et le confort ?
Chéri n’hésite pas à laisser Errol pleurer pendant 30 secondes pour se faire une tasse de thé. Ca me rend furieuse. Chéri a-t’il vraiment BESOIN d’une tasse de thé ? Est-ce une question de survie ?
Chéri essaie de me convaincre qu’Errol a besoin d’apprendre la patience. Ca me rend furieuse. A 4 semaines, mon fils a besoin de savoir que papa ou maman seront toujours là, tout près, au moindre gémissement. Il a besoin d’être convaincu qu’il peut nous faire confiance. That I have his back, no matter what. La patience, il a toute une vie pour l’expérimenter.
Il y a seulement 4 semaines, c’était encore un fœtus, nourri, logé et blanchi par osmose, sans un seul challenge à affronter que de sucer son pouce et de se recroqueviller dans un espace restreint. Et tout à coup, après quelques jours où il lui a fallu tout apprendre; respirer, manger, digérer, réguler sa température, toutes les fonctions vitales de base, en quelques jours après que son monde se soit totalement effondré, il doit apprendre la patience ?
Il doit attendre que son pere se prépare une tasse de thé ?
Il doit attendre que je mette mon masque à oxygène ?
Ai-je BESOIN d’un vrai déjeuner ? Non, je peux manger des tranches de jambon debout devant la porte du frigo, en balançant mon fils pour l’endormir. Ai-je BESOIN de 5 minutes pour aller aux toilettes ? Non, le petit dans le porte-bebé, et la pause pipi devient une aventure familiale.
Comment redéfinir le BESOIN ?
Biensur, sur le long terme, une telle attitude n’est pas viable. C’est l’argument massue de chéri. Ca me rend furieuse. Errol ne sera pas un nouveau-né pour la vie. Et nous redéfinirons la notion de BESOIN avec les semaines, les mois et les années qui passent.
Alors l’oxygène, soit, j’accepte, mais le thé ? Même pour un britannique pure souche, ce ne sera JAMAIS un besoin.

mercredi 26 septembre 2012

Errol n'a pas sommeil...

... depuis le Mercredi 19 Septembre à 2h44 du matin.

 

lundi 10 septembre 2012

Last minute panic


Est-ce que ce sera aujourd’hui ? Est-ce que ce sera demain ? Dans une semaine ?
Attendre est un jeu con. Je regarde la téloche, je dors avec le chat, je mange des salades et des melons, je lis… je m’EMMERDE !!!
Après 9 mois avec une date encerclée en rouge, j’ai eu beau me répéter des centaines de fois que c’était le 12 septembre + ou – 2 semaines, il n’empêche, je m’impatiente. Et en même temps je ne suis pas si pressée.
Parce que bon, j’ai les chocottes, je l’avoue. Et si après tant d’années à l’avoir voulu, imaginé et rêvé, je n’en voulais pas, de mon fils ? Et si ses pleurs m’insupportaient, et si m’occuper de lui me rendait folle ? Je suis une biologiste, une chercheuse, pas une changeuse de couche / vache à lait…
A n’avoir rien à faire, j’imagine. Mal.
On me dit de prendre l’air, de profiter, d’aller faire un tour. 10 min de marche entre le labo et la maison vendredi dernier m’ont mis au bord des larmes. En une heure et demi à faire trois courses pendant le week-end, j’ai du aller m’enfourner dans des toilettes immondes 2 fois pour faire pipi. Profiter, oui, bon. Une autre idée ?
Je ne sais pas ce que je veux.
C’est surement pour ca que rien ne se passe.
Pas une contraction, pas un signe, juste une tête engagée qui presse sur mes os, sur ma vessie, et sur mon moral.
Est-ce que ce sera demain ? J’espère que non, mauvaise date, a 9/11 kid. Est-ce que ce sera dans une semaine ? Dans deux semaines ? Sera-t-il un petit Balance, un bébé de l'automne finalement ?
Et si on annulait tout et on retournait au labo ?

lundi 27 août 2012

Le mois le plus long

Je n’ai jamais particulièrement apprécié les conseils. Je sais, je sais, c’est parfois un peu irrationnel, un conseil n’a jamais tué personne, et est même parfois utile. Ceci dit, mon coté tête de cochon ne SUPPORTE PAS les conseils non sollicités. Vraiment. C’est presque viscéral.

Mais voila, il semblerait que mon statut de femme enceinte donne le droit au monde entier (et à sa mère) de me dire ce que je dois absolument faire, ne pas faire, manger, ne pas manger, acheter, ne pas acheter, et surtout tu dois allaiter hein, et le bébé doit dormir dans sa chambre au plus tôt sinon ce n’est pas sain, et quoi tu n’as pas acheté de poussette ? Mais enfin, tu ne peux pas juste utiliser un porte-bébé, c’est ridicule ! Et les lingettes, ah non, c’est agressif pour les fesses et pas écologique. Comment, tu ne vas pas laver tes couches ? Mais c’est tellement cher d’acheter des couches jetables. Et quoi, tu veux une péridurale / tu ne veux pas de péridurale / tu n’as pas choisi d’accoucher chez toi ?….

Sérieusement les filles, STOP.

J’arrive à sourire sans trop grincer des dents, même si j’ai du remettre les points sur les i avec la mère de chéri, qui a débarqué la semaine dernière avec tous les habits de bébé de son fils unique (oui, stockés dans une armoire depuis 30 ans) en m’en promettant d’autres et en m’expliquant que les tétines c’est le mal, que les enfants doivent TOUJOURS être au lit avant 19h, et qu’une baffe de temps à autre n’a jamais fait de mal a personne... Il a bien fallu que je lui rappelle que ce n’était pas chéri que j’allais mettre au monde d’ici peu, mais bien LE FILS DE chéri, autrement dit mon enfant à moi et pas le sien. Je prévois des Noëls difficiles…

Bref, il se trouve que je n’ai pas vraiment de grands principes. Je n’ai pas d’idées préconçues sur TOUT. Je crois que ce dont je vais avoir besoin, ce n’est pas d’un livre rempli de règles inflexibles, mais au contraire, je vais devoir m’ADAPTER. Et si ça veut dire acheter une poussette parce que le bébé n’aime pas être porté, soit. Et si ça veut dire abandonner le sein si j’échoue à allaiter, soit. Et si ça veut dire que la seule solution aux pleurs incessants est une tétine, soit. Certes, je n’ai encore aucune expérience de maternage, mais toutes ces femmes qui savent tout et veulent diriger mes premiers pas de mère n’ont aucune expérience de MON enfant.

Et même chéri s’y met: le bébé DOIT hériter de son ours en peluche et en faire son favori (uh ?), ou alors on achete un chien en peluche qu’on appellera "Benny-Bear", comme son chien à lui quand il était petit (uh ??), et on fera comme sa mère pour [remplir avec tout et n’importe quoi] (uh ???) et… il a donc fallu AUSSI mettre les points sur les i avec chéri en lui rappelant que ce n’était pas de LUI que j’allais accoucher d’ici peu, mais bien d’un être humain tout neuf, un petit garçon qui ne s’appellera pas comme chéri et qui n’aura pas l’enfance de chéri, la mère de chéri, et les souvenirs de chéri. Je prévois des soirées difficiles…

Ceci dit, dès que je demande des conseils (oui, tu as bien lu ma phrase) sur ce que je peux prévoir pour MON post-partum, tous ces trucs dégueu que personne n’aime à partager sur les seins qui coulent, les points qui se décousent, ou l’utilisation de serviettes hygiéniques XXXL, là il n’y a plus personne. Même la monitrice du cours de préparation à la naissance a brossé mes questions (précises, certes) avec un "oh, well, you’ll see, don't worry for now". Par contre elle était bien loquace quand il s’agissait de nous convaincre que la péridurale c’était le mal…

Bref, le 9eme mois, c’est TRES long, quand même.

vendredi 17 août 2012

Avant la tempête...

J'ai tout rangé - tout est prêt. Il n'y a plus qu'à partir.
J'ai quand même laissé 2-3 trucs sur ma paillasse exprès, je n'ai aucune envie que quelqu'un s'en serve pendant mon absence.
J'ai vérifié que tous mes portoirs et toutes mes pipettes portent bien mon nom.
J'ai appris à me méfier des opportunistes...
Je ne quitte pas le labo: je pars juste en congé maternité.
Jusqu'en Juin.
8 mois, certes, mais ce n'est pas une raison.
J'ai nettoyé mon ordinateur, tout sauvegardé sur le serveur, ainsi que sur un disque dur portable à ramener chez moi.
Mon bureau est propre, mais je laisse quand même quelques trucs ici ou là - personne n'est censé s'en servir non plus, mais on ne sait jamais.
C'est vendredi soir.
Tout le monde est déjà parti.
En me souhaitant bonne chance.
Est-ce qu'il nous faut de la chance ou de l'inconscience ? Aucune idée.
Mais qu'est-ce que je vais faire de mes journées jusqu'en Juin ?
Etre chercheuse, c'est ma définition.
J'habite au labo.
Et maintenant, quoi ?

mardi 7 août 2012

Poppy

My worst nightmare.
My ONLY nightmare.
So, so sorry.