mardi 12 avril 2005

Batman était en fait une grenouille.

C'est officiel, je suis la fille de dracula.
Non comme après avoir (discrètement) fait remarquer qu'il faisait bien sombre dans mon coin du labo, la post-doc danoise a (avec le sourire mais fermement) obtenu que je lève le store qui préserve ma rétine fragile. Apparemment "il faut profiter du soleil quand il est là, et c'est pas si souvent".
Right.
Mais voilà, impossible de préparer mes PCRs avec autant de lumière traversant ma paillasse. Et puis d'abord et justement, c'est MON coin du labo.
5 minutes plus tard je tirais donc énergétiquement sur la ficelle pour faire redescendre le store.
Et je crois bien que la danoise a désormais envie de bouffer du vampire...
(euh sinon l'ail ça va, c'est avec de l'oignon qu'on me repousse. Mais réussite garantie à 100% hein !)
MON coin du labo

Un caméléon sur du tissu écossais...

J'ai toujours cru que je ne pourrai pas rester plus de 10 minutes dans la même pièce qu'un chat dont on écrase la queue qu'une cornemuse.
Mais voilà, il faut bien s'adapter, surtout lorsqu'on habite kilt-land en colocation avec une fille de fabriquant de cornemuses.
Une vraie de vraie.
Bref.
Une soirée à regarder une bande de copains jouer ensemble et vivre leur musique dans un pub surpeuplé a tout changé.

Je n'ai jamais compris pourquoi une "région" voulait être indépendante du pays auquel elle "appartient". Je n'ai jamais aprouvé les nationalistes quels qu'ils soient. Certainement parce qu'il n'y a pas d'identité culturelle forte dans mon patrimoine génétique, puisque je suis une marseillaise à l'accent parisien qui se dit dauphinoise. Voire bristolienne.
Bref.
2 semaines à vivre ici et je commence à comprendre. L'Ecosse n'est pas une région, c'est un pays. Trivial pour un écossais, mais découverte majeure pour l'étrangère que je suis. Et c'est même un pays de gauche. Qui veut prendre soin de ses services sociaux. Qui ne veut pas être entrainé par la vague capitalo-libéraliste anglaise. Qui veut être "un petit pays dans l'Europe", comme il en existe d'autres.
Et ça commence à faire du sens.

Ca y est, je peux porter le tartan, je crois que suis prête.

lundi 11 avril 2005

Un inconnu vous offre des fleurs...

Un(e) inconnu(e) anonyme m'a offert un livre fantastique qui va enfin me dire comment me faire des amis, pourquoi il faut rajouter le lait après le thé, et des tas d'autres choses qui me font mourir de rire avant d'aller dormir.
Mais qui c'est ?
Une inconnue moins anonyme et qui musarde dans ces pages m'a envoyé quelques vaches pour décorer mon nouveau bureau, et m'a montré à quel point, décidément, je ne suis PAS une inconnue anonyme !! [et j'ai trouvé la solution sans tricher hein !]
MERCI !!!
never hit a jellyfish with a spade

Des p'tits trous, des p'tits trous, toujours des p'tits trous...

Tous les 2 ans à peu près revient le même problème. Ca commence par un petit trou, rien du tout vraiment. On se dit que c'est pas bien grave, personne ne peut le voir, le petit trou. Et on se dit qu'il faudrait aller refaire un stock au magasin le plus vite possible, avant que le trou ne s'agrandisse, mais on oublie. Et puis on se promène sur une plage de Portobello un dimanche apres-midi en faisant voler du sable partout et en mettant les pieds dans l'eau de temps en temps -non d'accord juste une fois, c'était un peu comme mettre ses pieds dans un freezer faut dire- et puis on essaie de sauter la barrière en bois, et puis en levant la jambe... craaaaack. Et là on se dit que c'est pas plus mal qu'il commence à faire nuit finalement, parce que tout à coup tout le monde peut le voir, l'énorme trou dans mon pantalon qui dévoile la moitié de ma jambe gauche...

jeudi 7 avril 2005

Low self-esteem.

Je crois que je me souviens encore du soir où c'est arrivé. C'était un vendredi il me semble, et j'étais enfermée dans le labo du fond, avec ce vieil oxygraphe tout pourri qui m'avait été pourtant gentiment prêté par les responsables des TPs de licence-maitrise.
Plusieurs semaines que j'essayais toutes les possibilités.
D'abord il avait fallu convaincre mon Marcel que l'idée de Pierre était bonne, que non, utiliser un oxygraphe, même pas peur, que j'en avais mesuré des tonnes, des échanges d'oxygène, sur des cubes de patate, des morceaux d'épinard, des rondelles d'Arabidopsis, des mitochondries... et ce depuis mes plus jeunes années universitaires.
Idée acceptée, il avait fallu trouver la bête, et surtout finalement se rappeler comment ça marchait, une électrode de Clark. Réussir à monter une membrane, à calibrer le putain de truc, demander et re-demander de l'aide, interdire à qui que ce soit de sauter à pieds joints à coté de la paillasse, enfin surtout à moi-même, et ce malgré la radio.
Et depuis la première joie d'enfin voir mes membranes respirer, je pataugeais.
Ce soir là, après avoir ajouté ma PQ -idée géniale de mon Marcel-, la seringue à peine rincée, je regardais négligement l'enregistreur graphique en n'espérant pas grand chose de plus que la platitude habituelle post-cyanure.
Alors quand la plume a semblé prendre une autre direction, je n'y croyais pas. Du tout. Encore une perturbation à la con.
Mais en me levant d'un bond, j'ai observé l'encre noire sur le papier orangé, en me disant "mais putain... mais merde eh ça marche !".
J'ai passé un gros morceau de la soirée à re-essayer dans tous les sens, avant le cyanure, après le cyanure, après le nPG, et sur le contrôle, et, et... des mètres de papier orangé trainaient par terre, et je n'y croyais toujours pas.
Ce soir là, pour la première fois, j'ai eu l'impression de découvrir quelque chose. D'être une vraie chercheuse.
C'est à cette sensation là que je me raccroche à chaque fois que je me sens démotivée, à chaque fois que mon moral baisse, quand j'ai l'impression de n'être rien et de n'avoir jamais produit que du vent.
La fonction de cette protéine là, c'est moi qui l'ai prouvée, j'étais seule devant mon oxygraphe, et ça personne ne pourra jamais me l'enlever.
Enfin je croyais.
Quelqu'un vient de réussir à écrire un joli papier sur "ma" protéine sans me citer une seule fois.
6 papiers qui en parlent.
6 papiers quand même un peu majeurs, enfin je croyais.
6 papiers que pubmed affiche sans sourciller, avec des mots-clefs tous bêtes.
6 papiers avec mon nom dedans.
Pas un seul dans sa liste.
A peine la petite revue que Marcel a fait l'an dernier dans mon dos.
Et c'est tout.
Je ne suis plus rien.
Ca ne devrait pas vraiment me toucher, c'est ridicule. Je suis ridicule.
Mais on m'a volé mon grand moment, et j'ai un gout amer dans la bouche. Et je ne sais plus pourquoi je fais ce métier. Et j'ai juste envie d'envoyer un email à ce grand monsieur dont j'ai pourtant lu toutes les publis ou presque, que j'ai systématiquement cité, que j'ai toujours idolatré, dont j'ai bu les paroles, qui m'a accompagné partout, de mon lit aux WC, en passant par mon bureau ou mes balades en Chartreuse, qui m'a donné des moments de joies intellectuelles énormes, et des maux de têtes tout aussi intenses.
J'ai juste envie de lui envoyer un email pour lui dire que c'est quand même pas bien malin de faire pleurer une postdoc dans son labo tout sombre.

Vite fait, bien fait...

De toute évidence, j'ai toujours travaillé dans des instituts de seconde zone, où on se débrouillait à tout faire par nous-mêmes. Ce qui ne m'a jamais vraiment dérangé.
A Grenoble, notre technicienne bien-aimée nous racontait beaucoup ses déboires et autres joies quotidiennes, remplissait nos boites de cônes, et ne savait pas comment ajuster le pH d'une solution ("Et si j'en fait 2 litres, j'ajuste le pH à 14 alors ?"). Nos commandes passaient bon gré, mal gré - et après signature par chef- à travers la montagne de papiers sur le bureau de la secrétaire, et en 48 heures elles arrivaient en haut de la pile, ce qui nous rendait heureux. Sauf quand elles revenaient sur le bureau de chef parce que la secrétaire ne savait pas sur quelle "ligne" passer la commande. Le tout avec le sourire et dans une ambiance familiale inéfficace. Mais qu'est-ce qu'on était bien.
A Bristol notre "technicien qui vient le vendredi matin pour remplir les boites de cônes et faire du LB" venait parfois le vendredi matin. Et m'a donné mon kit de survie en slang anglais. Grâce à lui je ne dis plus "bordel" mais "bugger", merci Steve. Et puis un jour il n'est plus venu, et les sacs à autoclave se sont accumulés dans le labo. Quant aux commandes, une jolie feuille rose, un grant number, mettre la feuille dans la boite de la secrétaire APRES son départ pour éviter son sourire de pitbull, et 2 jours plus tard les colis arrivaient. Le bonheur.
A présent, tout est différent. Il y a une salle où sont stockés des milieux, des bouteilles, de l'eau stérile, et il n'y a qu'à se servir. Plusieurs fois par jour quelqu'un ramasse nos sacs de déchets. Mes boites de cônes reviennent toutes seules comme par magie sur ma paillasse après leur petit tour par l'autoclave. Et il y a un store. Pas un store ouvert de 11h15 à 12h15, avec juste du papier et des cônes qui ne s'ajustent jamais sur mes maudites Finnpipettes. Non, un vrai, grand, ouvert toute la journée, avec un gars à l'humour pas drôle dernière le comptoir. Besoin d'un peu de Taq ? Hop, le store. Plus de TOPO kit ? Hop, le store. Ah non sorry on en a plus, mais j'en commande.
Le progrès et l'organisation, c'est magnifique...
Seulement l'efficacité ça commence à sérieusement me fatiguer...

mercredi 6 avril 2005

Beau temps pour se jeter à l'eau...

Semer dans un nouvel environement, se contenter d'une hotte qui tient grâce à du scotch, fouiller dans les placards à la recherche de phytagel, remplir des boîtes de cônes, demander, demander, et encore demander.
Tout recommencer, essayer de se re-créer une routine confortable, ne pas se laisser démoraliser par les critiques (constructives?) du labmeeting du matin, se concentrer pour ne plus bafouiller, chasser ces mots francais qui s'incrustent dans chaque phrase, comme à chaque fois que le stress augmente, comme à chaque fois que je me sens ridicule, cercle vicieux à la con qui augmente mon envie de creuser un trou dans le sable.
Retrouver ses marques et se faire accepter, c'est vraiment pas mon point fort...

mardi 5 avril 2005

Ces petits riens...

J'ai eu un oeuf de Pâques en remerciement de mes bons services -j'ai pas osé dire que j'aurai préféré une augmentation, et puis après tout c'est un oeuf de Pâques SUISSE, merci chef....- j'ai vidé la dernière caisse en plastique cet apres-midi, y'a des post-its partout sur les murs du placard au dessus de ma paillasse, le premier lab-meeting de la nouvelle ère est prévu pour demain matin aux aurores -10h quoi-, je suis officiellement the freak who works after 6pm, étiquette que j'endosse sans rechigner, j'ai converti Fiona au fromage qui pue et au cotes du Rhone, mais elle ne me convertira pas au paté de Porcinet meme si ca sent bon dans son assiette, et notre labo orienté plein sud est une fournaise -un 5 Avril, a 55°57' N-, bref tout va bien quoi non ?

samedi 2 avril 2005

Bleu et vert...

Un peu de soleil, beaucoup de vent, des falaises, quelques nuages, des genêts, de l'herbe, de la mousse... tout est vert... et là-bas au fond du bleu, le ciel qui se fond à la mer du Nord...
Bon d'accord, ça va, je l'adopte finalement mon nouveau pays...
kiara's shoes on Salisbury crag clouds the city and the castle from Salisbury crag
'our dynamic earth' and the new parliament building
Arthur's seat summit towards Musselburgh and the 'Firth of Forth'
towards the north the city from Salisbury crag Happy kiara sitting on Arthur's seat

vendredi 1 avril 2005

Babel fish di aprile

Dans la série "kiara s'intruit à la cafétéria", aujourd'hui mon gentil italien à l'accent quand même vachement difficile à comprendre m'a appris qu'il existait 2 sortes de poissons panés.
"Breaded" ou "battered".
Et preuves à l'appui, avec 2 rangées de poissons d'aspects très différents, j'ai bien du me rendre à l'évidence que ce qu'il marmonait en me regardant avec des yeux ronds ce n'était pas "how are you today ?" mais bien "battered or breaded ??".
Comme quoi les merveilles de la cuisine britannique se découvrent peu à peu chaque jour... et l'accent écossais n'est définitivement pas le pire de tous !