lundi 31 octobre 2005

SDF 2B.

Il parait que parfois je ne suis pas tellement claire.
Il parait que je devrais faire plus d'effort pour communiquer.
Il parait que laisser la vaisselle et les sacs de courses trainer pendant des jours dans la cuisine, c'est pas tellement grave, non. Ne jamais passer l'aspirateur, par contre, c'est à la limite du crime contre l'humanité.
Il parait qu'en tant qu'amie, je devrais comprendre l'importance de l'aspirateur, quand même.
Il parait que oui, espérer un minimum de compréhension sans en passer par de longues explications, c'est un peu crétin.
Et tout ceci est très certainement tout à fait vrai.
Il n'empêche, il semblerait surtout que la lune de miel soit finie et que le déménagement soit proche.
Parce que finalement, Fiona ne sera jamais Helen.

dimanche 30 octobre 2005

There's something very queer about the warren this evening...

Comme tout dimanche matin qui se respecte, le réveil a une fois de plus raté sa mission de sauvetage du week-end qui part un peu en couille, parce que passer mon samedi avec mon labmate préféré avec qui je partage quasimment tout mon temps libre ces temps-ci, ce qui entraine de sérieuses confusions dans mon cerveau quand je l'entends dire que les femmes sont toutes flirty quand elles parlent aux hommes, parce que, euh, tu sais, je suis une femme, toi un homme, et en fait je ne suis pas flirty pour un brin là, j'te jure, et puis arrête ton sourire en coin sur le champ quoi, bref, passer autant de temps avec lui n'étant pas prévu au programme des réjouissances de cette fin de semaine (qui contenait exactement 3 items: light and auxin signal integration; le roi et l'oiseau au ciné dimanche à 13h; light and GA signal integration, autant dire un programme de rêve), dimanche se devait d'être particulièrement efficace, concentré, et organisé.
Et dès le réveil, ça partait en couille, donc.
Ce qui ne m'a pas empêché de finir un pot de confiture de cynorhodons (encore un talent caché de mon père, qui aurait définitivement du faire carrière chez Bonne Maman) dans les vapeurs de thé et face à mon Science & Vie pendant les quelques heures qui me séparaient de "la journée qui commence tard" à "merde, mais c'est déjà l'après-midi, bordel".
Bref, j'allais presque oublier le Roi et l'Oiseau, quand je m'en suis souvenu.
Douche d'urgence, recherche improbable de vêtements propres-et-seyants à J+8 de la dernière lessive (enfin un challenge, un vrai), mais je n'arriverai jamais au cinéma à l'heure, merde de bordel de merde, mais pourquoi suis-je systématiquement toujours et continuellement en retard, for f*ck sake.
Bref, les clefs à la main et les cheveux mouillés, je m'apprêtais à passer la porte pour me jeter dans la voiture-de-chef, en me disant que de toute façon j'arriverai toujours à temps pour les 2 seules minutes qui me font vouloir revoir ce film pour la (III et V font VIII et VIII font XVI ?) ème fois, c'est à dire le célébrissime passage où l'oiseau berce sa couvée au son de "Dormez, dormez, petits oiseaux, petits oiseaux chéris.. papa est là qui veille, papa qui veille au grain... dormez petites merveilles, il fera jour demain..." Oh oui, je sais, ça n'a l'air de rien comme ça, et c'est une raison un peu mince pour aller voir le traditionnel film de Noel une veille d'Halloween, les cheveux dégoulinants et le coeur battant parce que mine de rien en fait je déteteste être en retard, même si parfois je le cache bien. Maintenant, que celui qui a été élevé par son père me jète la première pierre. Les autres, passez votre chemin, vous ne pouvez pas comprendre.
Bref, j'en étais au moment où, les clefs en main, je courrais vers la porte d'entrée. Quand tout à coup mes cellules gliales ont du me faire le coup du 2ème cerveau, celui qui marche plus lentement, mais sans qui Alzheimer s'installe. (je l'ai déjà dit que j'ai passé le p'tit déj à lire Science & Vie ? Ah, oui.) Bref, évidemment, nous sommes de retour sur Greenwich aujourd'hui même, et j'avais donc finalement 1 heure et 10 minutes pour arriver au cinéma, ce qui fait qu'à raison d'un trajet de 10 minutes en voiture, en ajoutant 5 minutes pour trouver une place ET faire un créneau, parce que depuis qu'il n'y a plus l'autocollant sur le pare-brise arrière de la Clio de l'auto-école, j'ai un peu du mal avec les créneaux, et oui c'était il y a 9 ans, mais en même temps je traine des handicaps insoupçonnés, faut pas croire, bref, et avec un sprint vers le filmhouse de bien 4 minutes -7 minutes si cigarette et donc pas sprint -, j'avais donc finalement un paquet de temps devant moi avant d'être à nouveau en retard.
Je me demande si mes phrases ne sont pas un peu décousues aujourd'hui quand même. M'enfin on va dire que non.
Bref, et après vérification sur BBC Scotland qu'il n'était vraiment pas encore midi, et que finalement la journée n'était pas partie en couille à cause de mon réveil mais à cause de ma lenteur à réaliser que mon réveil était un menteur, j'ai finalement vu l'oiseau, le roi, le petit ramoneur de rien du tout, la charmante bergère, et surtout une tripotée d'enfants bilingues disséminés dans les rangs de la toute petite salle de ciné. Et observer un enfant d'environ 3 ans, un lapin en peluche dans la bouche, parlant systématiquement français à sa grand-mère qui s'échine à lui répondre en anglais, j'ai trouvé ça encore plus joli que le poing du robot libérant à jamais tous les petits oiseaux du monde, puisqu'a life without freedom is no life, comme quoi Jacques Prévert et Mel Gibson sont plutot d'accord sur certains points essentiels. (Je l'ai déjà dit que j'ai acheté le DVD de Braveheart samedi ? Ah non, ça je ne l'avais pas encore dit, hein)
Toujours est-il que sur mes 3 items du week-end, 2 sont quand même passés à la trappe, même si j'ai enfin fini de dévorer Watership Down, qui non seulement va rejoindre dès à présent le panthéon de mes livres vénérés, mais qui en plus m'a permis d'entamer une utilisation quasi-exhaustive de mon dictionnaire de poche anglais-français, dont j'avais trop hativement jugé l'utilité superflue, parce que oui, il existe un mot en anglais qui signifie "courrir érratiquement vers le haut" (mais non, je ne me souviens plus lequel), et tout plein d'autres termes qui s'adaptent parfaitement bien aux aventures lapines et que je ne connaissais pas, et avec une fréquence d'apparition de mots inconnus moyennant à 3 par page, mon dictionnaire a subit de fréquents outrages tout au long de ces 473 pages. Enfin bref, depuis ce week-end, je n'aime plus les chats, les renards, et les hommes. Et je ne regarderai plus jamais les lapins qui trainent sur le campus de la même façon. Ni les renards, d'ailleurs. Ni même les hommes, mais c'est peut-être une autre histoire.
Toujours est-il que la fin de semaine s'achève une fois de plus sur une saveur désagréable de culpabilité à l'arrière gout d'auxine, mais avec un peu de chance, chef, qui elle a fini toute sa partie sur light-clock connections, sera convaincue par mes histoires de lapins, oiseaux, ramoneurs et autres cynorhodons, demain matin.
J'ai quand même quelques doutes.

vendredi 28 octobre 2005

Si je t'avais pas...

Mes vendredis se suivent et se ressemblent.
Sombres et humides, avec des montagnes de boites de pétri, des milliers de graines à semer, un poignet qui implore un moment de grace, la pluie sur les carreaux, et surtout l'air qui sent bon le labo-du-vendredi-soir.
Et malgré tout ce qui rate, tout ce qui reste à faire, tout ce qui ne se fera jamais, toutes les incertitudes, répétitions, frustrations, déceptions et autres angoisses, malgré tout ça, les vibrations de la hotte me rappellent une fois de plus que je fais décidément le plus beau métier du monde, et qu'il n'y a nulle par ailleurs où je préférerais être.

A beautiful mind...

Contexte: Eve broie de l'Arabidopsis à grand coup d'azote liquide dans le labo déserté. D. passe dire "See you tomorrow !" avant de rentrer chez elle.
- Hey, D., what do you think would happen if i'd dip my hair in liquid nitrogen ? Do you reckon i could make some hair RNA as a negative control ?
- ...?!?...
[which probably meant: Eve, you're working too hard, stop it right now and go home !]
Contexte: Eve et G. sont au pub entrain de refaire le monde dans les vapeurs d'alcool [et l'huile de friture] pour la 3ème fois de la semaine.
- Hey, imagine, if your middle name was "William", then your initials would be "GWD", just like the enzyme D. works on... that's amazing, isn't it ?
- ...?!?...
[which probably meant: No, Eve, it is NOT...]
Contexte: J., nouvellement recrutée par le H lab [comme quoi il exsite une justice dans ce monde, bordel] et en pleine euphorie post-annonce de la bonne nouvelle vient dire bonjour à sa nouvelle future collègue de dans 3 semaines [oui, moi] .
- Hey, J., congratulations ! I'm so glad you got the job !!... So... how do you feel about knowing that you're going to work on SW's bench ?
- ...?!?...
[which probably meant: No, seriously, Eve, WHAT are you on ??...]
Je crois donc qu'il me faut définitivement trouver un moyen de couper l'alimentation de mon cerveau de temps à autre... ou du moins du haut-parleur...

mercredi 26 octobre 2005

Alcool(s).

Parfois on croit naïvement que la seule solution à toutes les questions existentielles de la journée se trouvent sous de multiples verres de vin rouge qu'il faut vider en un minimum de temps, afin de découvrir si décidément il serait possible de supporter une élévation brutale et prochaine du niveau de testostérone du labo.
Ca ne marche pas, en fait.
Ce genre de réponses se trouvent rarement au pub, et encore moins dans les lendemains matins au crane douloureux. Et ce même s'il est définitivement salutaire de passer de longues heures à refaire le monde avec son labmate préféré qui lui boit des bières, comme quoi de la testostérone il en a aussi, oh mais oh, ce qui suggère fortement que la gentillesse et la sensibilité ne sont pas entièrement sous controle hormonal.
Certes.
Alors ce soir je vais tester la méthode oestrogène-progestérone-papotages-entre-filles-chez-ikéa. L'avantage double étant que je devrais au moins m'en tirer avec un nouveau fauteuil pour lire mes publis dans un confort maximum le week-end, et sans mal au crane.
A moins qu'ils insistent pour nous offrir une dégustation gratuite de spécialités alcoolisées suédoises à la cafét, s'entend...

lundi 24 octobre 2005

First and bad impression.

Demain, on a interviews.
Bon, jusque là, rien d'anormal, même si savoir que bientôt la concurrence sera rude pour obtenir la place tant convoitée (enfin du moins par moi, hein) de postdoc préféré(e) de chef, ça ne m'enchante pas tout à fait. En même temps, il faut apprendre à partager maman, et puis que quelqu'un de compétent se mette à utiliser la paillasse abandonnée de SW, c'est plutot bien. A condition qu'on recrute quelqu'un de doué en gateaux-du-vendredi-matin, aussi. Finalement, en plus du talk, on aurait du demander aux candidats de participer à un concours de cuisine.
Bref, demain, on a interviews.
Et je ne peux pas m'empêcher d'avoir un avis biaisé sur un des candidats. Parce que je l'ai rencontré dans une conférence, oh il y a longtemps mais bon, il m'avait un peu tappé sur les nerfs à me suivre partout là comme ça. Et puis, honnêtement, il me semble que son profil ne colle pas aussi bien au projet que celui d'une autre candidate, mais il vient d'un "gros labo", alors s'il vient d'un "gros labo", chef le veut. Règle du jeu à la con qui me donne envie de vomir.
Heureusement et malgré les demandes insistantes de chef, je n'ai finalement pas le droit de participer a l'interview pannel. Heureusement, parce que ne pas être du même avis que chef, ça pause des cas de consciences difficiles à résoudre dans cette dictature démocratique qu'est notre labo. Heureusement aussi, parce que j'ai du mal à garder mon objectivité aujourd'hui.
Parce qu'en plus du mauvais souvenir du garçon collant qui traine dans mon cerveau depuis 2 ans, voici que le garçon en question est arrivé comme une fleur et à la porte du labo ce soir. S'étonnant que personne ne soit à sa paillasse. Et n'hésitant pas à me tenir la jambe pendant plus de 40 minutes, malgré mes efforts insistant pour expliquer que non, visiter le labo là tout de suite alors qu'il fait nuit dehors et que je suis entrain de travailler, oui, en effet, c'est pas tellement possible, et puis chef m'a collé une heure en tête à tête avec toi demain après-midi pour te faire faire le tour de nos facilités, et du coup c'était pas prévu pour ce soir, alors à demain hein d'accord ?
Et quand, après lui avoir montré la salle dans laquelle il doit présenter son talk demain à 14h30, salle idéalement positionnée tout près de la sortie du batiment, vers laquelle il était alors tout naturel que je le dirige alors, il m'a annoncé qu'il reviendrait demain à 11h, j'ai eu du mal à réprimer un mouvement de surprise et d'agacement.
Etre motivé, c'est bien.
Insistant, beaucoup moins.
La frontière entre les deux est ténue, certes. Et j'imagine déjà chef être impressionnée par la 'détermination' du garçon.
Toujours est-il que de 11h à 14h30, ça fait quand même bien 3 heures et 30 minutes à tuer, et de là à ce que chef me le refile dans les pattes pour aller à la cafét, j'en pratique déjà mes exercices de respiration "keep-cool-smile-yes-boss-whatever-you-want-boss" en ronchonnant.
Enfin bref, on a interviews demain.
Et en y réfléchissant bien, il me semble bien qu'il y a des chances que je ne perde pas ma place de première postdoc dans le coeur de chef, finalement...

vendredi 21 octobre 2005

Few facts.

Dehors, il pleut.
Dedans, mes boites sèchent sous la hotte.
C'est beau un labo sous la pluie.

Convertisseur hystérique.

J'ai un gros bouton qui pousse sur la joue droite. Le genre de bouton qu'on ne rencontre plus une fois l'adolescence passée, ou alors une fois l'an, dans les grands moments de déprime post chocolat/charcuterie. Le genre de bouton qui ramène des vieux souvenirs pas très agréables de visage pas défiguré mais quand même objectivement bien sous emprise hormonale un peu dégueu, qu'on cache comme on peu, avec une frange jusqu'au nez par exemple. Comme quoi ça a du bon de vieillir.
Bref, n'empêche ce soir, vieille ou pas, là, j'ai un gros bouton.
Et puis j'ai un talk à donner dans 5 heures. Juste une petit talk de rien du tout devant des gens de l'institut, un petit talk de rien du tout et pas bien fini d'ailleurs, auquel je viens de mettre le dernier point il y a 5 minutes en me disant que c'est un peu bancal mais merde on s'en fout, là. Comme j'ai un chouilla envie d'aller roupiller pour une petite demi-heure avant d'aller sous la douche et de retourner au labo, où je suis en ce moment même, heureusement que les transports sont rapides entre mon lit et ma paillasse, finalement.
Bref.
J'ai un gros bouton.
Et un talk pas vraiment bien prêt.
Alors je me demande...est-ce que mon subconscient croit VRAIMENT que si on me lance des tomates à la fin de ma présentation, j'arriverai à croire que c'était parce qu'avec mon bouton je suis vraiment pas jolie, et non pas parce que mon talk était mauvais ?
Sérieusement ?

jeudi 20 octobre 2005

Ps 23:1-6

J'ouvre le placard au-dessus de mon ordinateur. 3 tasses, des sachets de thé, du café lyophilisé, une pile de publis. Rien à manger.
J'ouvre le 1er tiroir. Un beau bordel, mais pas de vieux mars entamé, pas de gateau caché dans un recoin, pas même une veille pièce de £1 pour nourrir la vending machine. Rien, rien, rien.
J'ouvre les autres tiroirs, pleins de lab-books, protocoles et autres oligo synthesis reports en vrac, mais rien à manger.
Je vais faire un tour dans le bureau, des fois que quelqu'un ait laissé trainer un vieux bout de pain ou un paquet de bonbons, comme parfois ça arrive, et alors c'est la fête. Mais là rien.
J'ouvre le frigo. Vide.
Je finis pas aller vérifier mon casier, que je n'ai pas ouvert depuis bien 2 mois. Miracle, ce vieux paquet de réglisses salés danois à moitié vide plein. Skipper mix. De chez Haribo, certes, mais franchement dégueu, parce que vraiment, le réglisse salé et épicé, j'ai l'impression qu'il faut avoir été sérieusement élevé au stimørøl pour aimer. Mais j'ai faim, après tout.
2 bonbons avalés en grimaçant et un chewing-gum à la menthe plus tard, je repose le paquet de réglisses au fond de mon casier en décidant d'abandonner mes ambitions scandinaves et je retourne continuer la préparation de mon talk-que-j'ai-annulé-il-y-a-2-semaines-en-me-promettant-de-le-préparer-en-avance-cette-fois-ci-parceque-travailler-à-la-dernière-minute-y'en-a-marre-à-la-fin-et-que-je-dois-finalement-donner-demain-matin-et-qui-biensur-n'est-pas-du-tout-prêt le ventre vide.
Après tout, bien fait.
J'ouvre quand même le placard au passage, celui qui est au-dessus de mon ordinateur, sait-on jamais, si un paquet de biscuits était apparu dans les dernière 5 minutes.
Mais non, toujours pas.
Finalement, les miracles, c'est vraiment que des conneries.

mardi 18 octobre 2005

Culture pub.

Au pub quiz de la soirée, j'ai été brillante.
Si, si.
Non parce que dans ma vie bien réglée et un poil rigide, le mardi soir c'est espagnol. Mais ce soir y'avait pas, alors au lieu de profiter d'une soirée de libre pour travailler un peu plus, j'ai été au pub quiz du campus, histoire de boire des bières en faisant semblant de croire que j'avais du temps à perdre, parce que je peux quand même facilement me convaincre de choses un peu stupides, de temps en temps.
Si, si.
Bref, j'ai été brillante.
Si, j'insiste.
Sur la soixantaine de questions, j'avais 3 réponses.
Elisabeth Montgomery [Bewitched], "It's a small world" [Disneyland], et Hammer to fall [Queen].
Voilà toute ma culture générale.
Et le mieux: j'étais la seule à pouvoir apporter ce savoir inestimable à notre équipe de 5 scientifiques à lunettes, ébahis par tant d'à propos intellectuel.
D'ailleurs, en y re-pensant, j'étais la seule à porter des lunettes, en fait.
Décidément, c'est vraiment bon de se sentir inutile, parfois.