lundi 27 août 2012

Le mois le plus long

Je n’ai jamais particulièrement apprécié les conseils. Je sais, je sais, c’est parfois un peu irrationnel, un conseil n’a jamais tué personne, et est même parfois utile. Ceci dit, mon coté tête de cochon ne SUPPORTE PAS les conseils non sollicités. Vraiment. C’est presque viscéral.

Mais voila, il semblerait que mon statut de femme enceinte donne le droit au monde entier (et à sa mère) de me dire ce que je dois absolument faire, ne pas faire, manger, ne pas manger, acheter, ne pas acheter, et surtout tu dois allaiter hein, et le bébé doit dormir dans sa chambre au plus tôt sinon ce n’est pas sain, et quoi tu n’as pas acheté de poussette ? Mais enfin, tu ne peux pas juste utiliser un porte-bébé, c’est ridicule ! Et les lingettes, ah non, c’est agressif pour les fesses et pas écologique. Comment, tu ne vas pas laver tes couches ? Mais c’est tellement cher d’acheter des couches jetables. Et quoi, tu veux une péridurale / tu ne veux pas de péridurale / tu n’as pas choisi d’accoucher chez toi ?….

Sérieusement les filles, STOP.

J’arrive à sourire sans trop grincer des dents, même si j’ai du remettre les points sur les i avec la mère de chéri, qui a débarqué la semaine dernière avec tous les habits de bébé de son fils unique (oui, stockés dans une armoire depuis 30 ans) en m’en promettant d’autres et en m’expliquant que les tétines c’est le mal, que les enfants doivent TOUJOURS être au lit avant 19h, et qu’une baffe de temps à autre n’a jamais fait de mal a personne... Il a bien fallu que je lui rappelle que ce n’était pas chéri que j’allais mettre au monde d’ici peu, mais bien LE FILS DE chéri, autrement dit mon enfant à moi et pas le sien. Je prévois des Noëls difficiles…

Bref, il se trouve que je n’ai pas vraiment de grands principes. Je n’ai pas d’idées préconçues sur TOUT. Je crois que ce dont je vais avoir besoin, ce n’est pas d’un livre rempli de règles inflexibles, mais au contraire, je vais devoir m’ADAPTER. Et si ça veut dire acheter une poussette parce que le bébé n’aime pas être porté, soit. Et si ça veut dire abandonner le sein si j’échoue à allaiter, soit. Et si ça veut dire que la seule solution aux pleurs incessants est une tétine, soit. Certes, je n’ai encore aucune expérience de maternage, mais toutes ces femmes qui savent tout et veulent diriger mes premiers pas de mère n’ont aucune expérience de MON enfant.

Et même chéri s’y met: le bébé DOIT hériter de son ours en peluche et en faire son favori (uh ?), ou alors on achete un chien en peluche qu’on appellera "Benny-Bear", comme son chien à lui quand il était petit (uh ??), et on fera comme sa mère pour [remplir avec tout et n’importe quoi] (uh ???) et… il a donc fallu AUSSI mettre les points sur les i avec chéri en lui rappelant que ce n’était pas de LUI que j’allais accoucher d’ici peu, mais bien d’un être humain tout neuf, un petit garçon qui ne s’appellera pas comme chéri et qui n’aura pas l’enfance de chéri, la mère de chéri, et les souvenirs de chéri. Je prévois des soirées difficiles…

Ceci dit, dès que je demande des conseils (oui, tu as bien lu ma phrase) sur ce que je peux prévoir pour MON post-partum, tous ces trucs dégueu que personne n’aime à partager sur les seins qui coulent, les points qui se décousent, ou l’utilisation de serviettes hygiéniques XXXL, là il n’y a plus personne. Même la monitrice du cours de préparation à la naissance a brossé mes questions (précises, certes) avec un "oh, well, you’ll see, don't worry for now". Par contre elle était bien loquace quand il s’agissait de nous convaincre que la péridurale c’était le mal…

Bref, le 9eme mois, c’est TRES long, quand même.

vendredi 17 août 2012

Avant la tempête...

J'ai tout rangé - tout est prêt. Il n'y a plus qu'à partir.
J'ai quand même laissé 2-3 trucs sur ma paillasse exprès, je n'ai aucune envie que quelqu'un s'en serve pendant mon absence.
J'ai vérifié que tous mes portoirs et toutes mes pipettes portent bien mon nom.
J'ai appris à me méfier des opportunistes...
Je ne quitte pas le labo: je pars juste en congé maternité.
Jusqu'en Juin.
8 mois, certes, mais ce n'est pas une raison.
J'ai nettoyé mon ordinateur, tout sauvegardé sur le serveur, ainsi que sur un disque dur portable à ramener chez moi.
Mon bureau est propre, mais je laisse quand même quelques trucs ici ou là - personne n'est censé s'en servir non plus, mais on ne sait jamais.
C'est vendredi soir.
Tout le monde est déjà parti.
En me souhaitant bonne chance.
Est-ce qu'il nous faut de la chance ou de l'inconscience ? Aucune idée.
Mais qu'est-ce que je vais faire de mes journées jusqu'en Juin ?
Etre chercheuse, c'est ma définition.
J'habite au labo.
Et maintenant, quoi ?

mardi 7 août 2012

Poppy

My worst nightmare.
My ONLY nightmare.
So, so sorry.
 

mercredi 13 juin 2012

Calling you.

J'ai passé presque 20 ans à savoir PARFAITEMENT comment j'appelerai mes enfants. Les noms étaient choisis, gravés dans la pierre, inchangeables.
Et puis voila, un jour, le futur père répond "no, i'm vetoing this one, i hate it".
Ah.
Comment ça, veto ?
Euh, on n’est pas au conseil de sécurité de l'ONU, non plus.
Veto, c'est un peu fort ?
Non ?
Ah non, vraiment.
Bon.
Alors voilà, on passe des heures à te trouver un nom. Un joli. Pas trop commun. Qui marche en français. Qui marche en anglais. Qui plaise à ton père. Qui plaise à tes futurs grands-parents. Même si on ne les consulte pas, mais quand même - parce que ton père, vois-tu, son argument ultime est: "my dad would be SOOO disappointed if we called him XYZ...". Hm.
Et voilà, on n'est même pas encore enceinte qu'on a trouvé le prénom parfait. THE one. Il répond à tous les critères, et il ne nous reste plus qu'à attendre un test positif. Qui ne vient pas. Pendant des mois. Et des mois. Et des mois. En attendant, la collègue de labo tombe enfin enceinte, ainsi que la terre entière et sa soeur. Bon, c'est pas grave. Moi je sais comment tu t'appelles, ça me tient chaud.
Et puis voilà, après une visite de Noël à Cerne Abbas, un beau matin de janvier, on voit les 2 lignes. Et on sait déjà ton nom.
Enfin, tu aurais aussi pu être une fille, et on savait AUSSI ton nom.
Mais secrètement, j'espérais un petit mec - et un peu surtout parce que j'avais ce nom parfait. Ce nom qui avait réussi à remplacer 20 ans d'évidence.
Et voilà qu'un jour, alors que tu avais déjà 14 semaines, alors que je connaissais ton nom depuis déjà plus de 6 mois, alors que je commençais à croire que tu allais vraiment devenir ma réalité, voila donc qu'un jour, un e-mail arrive. Annoncent la naissance du fils de la collègue de labo. Celle avec qui je partage un bureau depuis plus de 6 ans. Celle qui est violemment passée de self-centered à self-obsessed depuis qu'elle est enceinte. Celle que je ne supporte plus, après tant d'année à lui offrir mon support quotidien.
Ce jour là, l'ai pleuré toute la journée.
Tu n'avais plus de nom.
Son fils te l'avait pris.
Et voir ton zizi à l'échographie 10 jours plus tard m'a (secrètement) serré le coeur.
J'avais mon p'tit mec, mais je ne connaissais pas son nom.
Il nous a fallu 3 mois pour nous en remettre, pour te retrouver une identité, pour accepter qu'un nom ne soit qu’un nom, pour accepter que le nom parfait n’existe pas.
Tu es passé par un paquet d'identités.
Mais depuis ce matin au sortir de la douche, on est enfin d'accord.
Tu as un nom.
Ca ne plaira pas à ton grand-père français, mais tant pis. Je n'arrive pas à le prononcer correctement en anglais, mais tant pis.
Ce n'est peut-être pas le nom "parfait" - mais c'est le tien - et il te va parfaitement.

mercredi 30 mai 2012

Matriochkas.

Parfois je t'oublie. Je cours (lentement) d'un labo à l'autre, je commence 10 manips à la fois, je grimpe sur mon tabouret pour attrapper des trucs et des machins, et je t'oublie.
Et il suffit que je me pose pour une demi-heure, que je me concentre sur une publi ou une présentation, et soudainement tu te rappelles à moi. Il y a un allien quelque part, derriere mon gras, et depuis peu il se manifeste doucement, un peu comme si mes entrailles entraient en spasmes pour me dire bonjour.
C'est quand meme fou, cette histoire de poupées russes.

mercredi 23 mai 2012

Patience

Même si je suis bien sure des dates, je me suis laissée embobiner par le corps médical. Enfin pas tout à fait. Je leur ai accordé 3 jours, pas 9. Bref, dans l'espace-temps -3, tu as 24 semaines pile poil. Enfin 22, mais un jour je t'expliquerai, ces choses là se comptent différemment.
24 semaines - on vient tout juste d'atteindre la limite de viabilité.
Si tu naissais aujourd'hui, tu aurais une (petite) chance de survivre.
Ca fait DES MOIS que j'attends ce jour.
Ceci dit, tu as encore quasi 4 mois à attendre. Regarde, je suis patiente, alors suis mon exemple et reste bien au chaud. Je sais, l'été arrive doucement, il fait tout soleil même dans notre grand nord, mais ton premier été sera pour l'an prochain. C'est peut-être trop injuste, mais c'est comme ça. Pour l'instant, tu serres les fesses, tu n'enroules pas ta corde autour de ton cou, tu continues à me tambouriner la vessie, et tu grandis. Tranquille. On est bien d'accord ?
Moi, je te promets de continuer à regarder les autres siroter leur vin rouge en râlant, je te promets de continuer à m'énerver durant mes nuits d'insomnies, et à ronchonner lors des matins difficiles, je te promets de continuer à utiliser religieusement l'ascenseur entre le labo du 3eme et le labo du 5eme étage, je te promets de continuer à manger de la salade, du jambon et des yaourts avec passion, je te promets de continuer à faire attention à tout, constamment, parceque que je ferai n'importe quoi pour pouvoir te rencontrer.
Mais pas tout de suite. En septembre.
Alors tu restes où tu es, et je te promets de continuer à t'attendre, patiemment.

jeudi 8 décembre 2011

Perspective.

2 heures plus tard, ce même lundi soir, après son trajet habituel à vélo, le collègue de labo de chéri arrive chez lui.
Marié, 2 enfants, 47 ans, sportif, en bonne santé, chimiste talentueux, apprécié et respecté par tout le monde au labo.
Il arrive donc, et monte les escaliers pour aller prendre sa douche.
Et s’écroule.
Arrêt cardiaque.
L’institut n’a même pas annulé le Christmas lunch de demain. Après tout, pourquoi pénaliser le reste du département parce qu’on enterre quelqu’un au même moment ?
Ce serait trop injuste.

lundi 28 novembre 2011

Nowhere.

Où en étais-je déja ?
Fin novembre, le mois le plus long laisse encore des traces. Je m’isole, je m’isole, je me noie un peu aussi, et je m’auto-censure beaucoup, constamment.
C’est con aussi, quand la vie refuse de marcher comme je veux, et que je me retrouve à pleurer en dedans, parce que je sais, je sais, ça n’intéresse personne, mes dramelets quotidiens.
Surtout pas chéri, qui vit dans son monde à lui.
Surtout pas les copines, qui ont d’autres chats à fouetter, avec une saison de bébés qui mûrit rapidement.
Alors je m’isole, pour ne pas déranger, pour observer la vie des autres, et la mienne.
Reconversion ratée, fellowship ratée, fécondité ratée, maison ratée, ces 6 derniers mois, tous mes projets me renvoient la même réponse: NON.
Au moins les manips du moment marchent, alors je m’y accroche, 12 heures par jour, parce qu’il semblerait que je ne sache rien faire d’autre. Je me retrouve à pleurer quand un gel migre de travers, à hurler à la mort quand un des thésards finit les tampons sans les remplacer, et à mettre des coups de pieds aux portes quand mes clones disparaissent comme des cons, parce que je les ai mis à la poubelle en faisant du ménage dans le congélo. Bref, mon comportement est non seulement hystérique mais ridicule - mais que faire ? Faire face aux vraies déceptions ? Faire face aux vraies peines ?
Non, c’est bien plus simple d’accuser le labo, chéri, la vie sans prozac, le manque de vacances, novembre.

Où en étais-je déjà ?

mercredi 30 mars 2011

Postdoc-ing seriously harms you and others around you

Pour la première fois en des mois, j'ai battu mon chat à la course au réveil lundi matin. Dans les dents l'heure d'été, Katty dormait encore profondément dans le salon, sans avoir eu le temps d'entonner son "meeeeow" des petits matins calmes. Bon, elle s'est rattrapée ce matin, ce qui montre que son horloge circadienne est quand même très réactive, en une journée elle est totalement ré-entrainée, jetlag connait pas, pas comme mes Arabidopsis.
Bref.
Ceci dit et puisqu'on en est à ma plante favorite (oui, Arabidopsis), je songe sérieusement à changer de métier ces temps-ci, tellement sérieusement que j'ai candidaté ailleurs, quelque part où la recherche est limitée, et Arabidopsis considérée comme une mauvaise herbe. Ca fait un peu peur, quand même. Mais enfin bon, depuis 8 ans et demi que je fais la postdoc de service (et 7 ans jour pour jour que j'ai ouvert un blog !), il fallait bien que ca arrive. C'est balot, alors que mon beau papier a *ENFIN* été accepté, après une dégringolade d'une année à errer de Nature à Plant Cell (via Science, Genes and Development et Current Biology), bref, alors disais-je donc que j'ai un vrai papier rien qu'à moi (et 10 autres co-auteurs qui n'ont pas fait grand chose, mais la politique c'est la politique...), voila que je laisse tomber.
Enfin, que j'essaye de laisser tomber.
"Postdoc-ing is highly addictive, don't start"
"Postdoc-ing can cause a slow and painful death" ?
"Postdocs die younger" ??
Il me reste quand même l'option d'une fellowship, l'actuel plan A. Qui ressemble de plus en plus à un plan B, ou à un plan sur la comète.
Il faudra bien choisir avant le retour de l'heure d'hiver - à moins que je n'aie pas le choix.

mercredi 2 mars 2011

Sens unique.

Ma collègue (et bonne copine) retourne demain pour son 3eme transfert d’embryon. Evidemment, elle ne parle que de ça, et évidemment, comme je suis la seule dans la confidence, elle n’en parle qu’à moi. Que j’aie vraiment une montagne de travail et besoin de me concentrer sur ce que je fais, que je sature un chouilla d’entendre et de re-entendre les mêmes histoires, ça n’a pas d’importance.
C’est bien connu, je suis la bonne copine, l’oreille, toujours disponible.
Qu’elle ait été voir son psy ce midi même, ce psy à qui elle parle de son envie de maternité et des deux premières tentatives qui ont échouées, ça compte pour du beurre. J’ai droit à l’évolution de ses frustrations heures par heure, minute par minute – et ce depuis plus d’1 an. J’ai droit à ses lamentations quand x est enceinte et y a accouché, comme si la vie devait s’arrêter pour le monde entier puisqu’elle s’est arrêtée pour elle. Je me retrouve projetée dans le "monde selon elle", et je me dois de l’adopter, on dirait.
Je comprends bien, ceci dit, je l’aime beaucoup ma collègue, j’ai été triste avec elle, j’ai espéré avec elle, et je vais repartir dans ses émotions pour encore des semaines et des mois.
Mais là, maintenant, tout de suite, j’en ai un peu marre.
Mais bon, comme je suis une bonne copine, j’écoute et je me tais.
Et elle est où, ma bonne copine à moi ?