dimanche 10 juillet 2005
vendredi 8 juillet 2005
Casser la voix...
Il y a des gens qui interprètent continuellement à leur sauce ce que je raconte. Tous les jours. Partout. Je suppose que c'est inévitable, que ça fait partie du jeu, mais j'vais pas jouer toujours, ça m'donne envie d'hurler, ça m'fait perdre mon humour (et si toi aussi tu as une impression de déjà vu, oui oui, c'est bien du Bruel dans le texte... et non même pas honte.) Enfin bref, j'aimerai parfois être écoutée, pas interprétée pas des inconnus qui n'y connaissent rien. Ou alors en silence bordel !!
Il y a des gens qui me refusent tout respect de façon systématique, qui savent me faire sortir de mes gonds, et que j'ai envie de baffer à tour de bras et sans m'arrêter, surtout si ça peut leur faire mal, et c'est terrible. Alors je crois que je vais aller acheter un ballon de foot et l'appeler S-W, parce que ça c'est encore légal.
Il y a des gens, les 2 tiers des postdocs de ce labo pour être précise, qui sont capables de ramasser leurs affaires et d'entonner un "bon WE" à même pas 16h alors qu'ils ont dormi la nuit dernière, eux. Le dernier tiers n'oserait jamais se permettre de partir si tôt sans un avion à prendre ou un gateau dans le four, mais en même temps le dernier tiers est un peu con, parfois.
Il y a des gens qui feraient mieux d'aller dormir, peut-être. Mais si fatigue et sommeil étaient le même mot, ils s'écriraient de la même façon.
Il y a des gens qui me refusent tout respect de façon systématique, qui savent me faire sortir de mes gonds, et que j'ai envie de baffer à tour de bras et sans m'arrêter, surtout si ça peut leur faire mal, et c'est terrible. Alors je crois que je vais aller acheter un ballon de foot et l'appeler S-W, parce que ça c'est encore légal.
Il y a des gens, les 2 tiers des postdocs de ce labo pour être précise, qui sont capables de ramasser leurs affaires et d'entonner un "bon WE" à même pas 16h alors qu'ils ont dormi la nuit dernière, eux. Le dernier tiers n'oserait jamais se permettre de partir si tôt sans un avion à prendre ou un gateau dans le four, mais en même temps le dernier tiers est un peu con, parfois.
Il y a des gens qui feraient mieux d'aller dormir, peut-être. Mais si fatigue et sommeil étaient le même mot, ils s'écriraient de la même façon.
Too late...
Et voilà j'abandonne.
J'ai pas fini, je n'y arrive plus, je ne sais plus ce que je voulais dire, la présentation promise ne sera pas prete pour le labmeeting du matin, et je ne me sens plus le courage d'essayer, parce que l'acide salicylique, dans la vraie vie j'y suis allergique. Alors faire un topo pour le reste du labo, alors que j'ai tout lu il y a plus d'1 semaine et que depuis j'ai du passer à 1000 autres sujets, impossible, il me faudrait re-relire, avec ma mémoire de poisson rouge, et ça devient forcément problématique quand je me mets à préparer le machin quelques heures avant le sus-mentionné meeting, au plus noir de la nuit.
Il me faut donc une excuse pour ne pas venir au labo demain matin, parce que non, venir en labmeeting sans avoir rien préparé, c'est encore pire que de mentir, c'est trop la honte.
Demain matin je vais donc être très très malade. Et en profiter pour faire la grasse mat. J'ai quand même un peu honte. D'autant que je ne peux même pas prendre toute la journée, j'ai un light pulse sur le feu. J'vais même pas être crédible du coup.
Bordel.
C'est con de pas faire ses devoirs.
Edit 2 heures plus tard: ben non, finalement j'ai quand même fini mes devoirs, parce que je préfere encore crever de fatigue que crever de honte...
J'ai pas fini, je n'y arrive plus, je ne sais plus ce que je voulais dire, la présentation promise ne sera pas prete pour le labmeeting du matin, et je ne me sens plus le courage d'essayer, parce que l'acide salicylique, dans la vraie vie j'y suis allergique. Alors faire un topo pour le reste du labo, alors que j'ai tout lu il y a plus d'1 semaine et que depuis j'ai du passer à 1000 autres sujets, impossible, il me faudrait re-relire, avec ma mémoire de poisson rouge, et ça devient forcément problématique quand je me mets à préparer le machin quelques heures avant le sus-mentionné meeting, au plus noir de la nuit.
Il me faut donc une excuse pour ne pas venir au labo demain matin, parce que non, venir en labmeeting sans avoir rien préparé, c'est encore pire que de mentir, c'est trop la honte.
Demain matin je vais donc être très très malade. Et en profiter pour faire la grasse mat. J'ai quand même un peu honte. D'autant que je ne peux même pas prendre toute la journée, j'ai un light pulse sur le feu. J'vais même pas être crédible du coup.
Bordel.
C'est con de pas faire ses devoirs.
Edit 2 heures plus tard: ben non, finalement j'ai quand même fini mes devoirs, parce que je préfere encore crever de fatigue que crever de honte...
jeudi 7 juillet 2005
Just a normal day...
J'habite une bulle. A gauche une fenêtre, un rideau mi-fermé. De la lumière artificielle, le bruit des hottes, les murs épais, aucun contact avec le monde, dehors.
Ce matin à la pause café, que je ne prends d'ordinaire jamais, une fille arrive en disant "vous avez entendu, il y a eu des explosions a Londres !". "oui, oui" répond Dan. Mais tu ne m'as rien dit ? Ca fait 10 minutes qu'on mange un gateau au chocolat en buvant du café et en se moquant de Jacques Chirac, et tu ne m'as rien dit ??
"Non mais c'est rien".
Les murs épais, les rideaux mi-clos. "Ce n'est rien", d'accord, moi je crois ce qu'on me dit. J'ai confiance en Dan.
Je continue à compter mes graines en me dépechant, sans même passer faire un tour des informations, la to do list du jour est énorme, et l'activité frénétique dans ma bulle.
Pause déjeuner à la cafet. Je repose ma question, puisque j'ai levé les yeux de mes tubes, autant en profiter pour vérifier qu'au fait oui, c'est toujours rien hein. Y'a 2 morts qu'on me répond, donc oui, rien. Je regarde bizarrement, comme 2 c'est pas rien, mais bon, d'accord. Ca plaisante. Encore un coup des français aigris, Jacques vient de frapper. Je commence à trouver ça moyennement drole leurs conneries de plaisanteries, parce que si y'a vraiment 2 morts, ça ne me fait plus du tout rire en fait, mais chef nous rejoint et me parle science, puisqu'avec 2 mois de retard elle vient de finir par lire cette super-publi-de-la-mort-qui-tue-qu'il-faut-ABSOLUMMENT-que-tu-lises-chef, et elle est toute excitée. Et Londres est loin. D'ailleurs à travers la baie vitrée on aperçoit toujours un joli chateau et un ciel calme, alors autant parler boulot.
Et puis entre la clope et le retour aux graines, je regarde quand même les blogs des copains, parce que bon, je le vaux bien. Et puis quand même, il est dans sa banlieue, je ne suis pas particulièrement inquiète, et puis Dan l'a dit et re-dit, c'est rien. Mais pourquoi parle-t'il d'évènements alors ?
Informations. Ouvrir la lucarne d'internet dans ma bulle bien close.
Merde, c'est pas rien.
Merde.
Coup de stress. Il y a des gens que j'aime bien, ses amis à lui, et ils ne vivent pas en banlieue, eux. Où sont-ils ?
Impossible de retourner planter mes graines.
Je vérifie son blog. Toujours rien. J'y retourne. Est-ce qu'ils vont bien ?
J'ai oublié d'ouvrir mon email aujourd'hui, et je me sens tout à coup bien stupide, isolée dans ma bulle. Un message est là, il n'a pas oublié d'écrire un mot pour me rassurer malgré sa journée éprouvante.
Je reprends donc mes activités.
Le G8 est à quelques dizaines de miles, mais personne ne semble s'interesser au terrorisme dans ma bulle. Fran répète son talk, conférence la semaine prochaine. Chef continue à m'expliquer les magnifiques idées qu'elle vient d'avoir, les clones de mes idées d'il y a 2 mois, comme d'habitude. Elle avait peut-être écouté à l'époque, finalement. Ou pas.
Le labo se vide, le labmeeting de demain matin est en chantier, 1/6ème de ma to do list est barrée au stylo vert, et une fois n'est pas coutume, je regarde le JT. Pas encore le réflexe BBC, mon fond franchouillard choisi France 2 et Pujadas pour aller constater de mes yeux que si ce n'était pas "rien", c'était quand même "pas grand chose" hein, personne n'a hurlé ici, alors ça ne pouvait définitivement pas être si grave, hein ?
Erreur. Ou horreur. Des images que je suis heureuse de ne pas avoir vues avant de savoir que tout le monde allait bien, très égoïstement. Et ce con de Pujadas est "surpris par le flegme des britanniques". Serait-il possible d'éviter les clichés à 2 balles ce soir ?
Mais il doit finalement avoir raison. Dans ma bulle, aujourd'hui, pas un seul caillou n'a ricoché sur le blindage pour m'avertir qu'il se passait vraiment quelque chose. Alors que j'habite au Royaume-Uni.
Alors je me demande, les miens, mes anglais du labo à moi, sont-ils tout simplement particulièrement flegmatiques, ou juste totalement et cruellement indifférents ?
Ce matin à la pause café, que je ne prends d'ordinaire jamais, une fille arrive en disant "vous avez entendu, il y a eu des explosions a Londres !". "oui, oui" répond Dan. Mais tu ne m'as rien dit ? Ca fait 10 minutes qu'on mange un gateau au chocolat en buvant du café et en se moquant de Jacques Chirac, et tu ne m'as rien dit ??
"Non mais c'est rien".
Les murs épais, les rideaux mi-clos. "Ce n'est rien", d'accord, moi je crois ce qu'on me dit. J'ai confiance en Dan.
Je continue à compter mes graines en me dépechant, sans même passer faire un tour des informations, la to do list du jour est énorme, et l'activité frénétique dans ma bulle.
Pause déjeuner à la cafet. Je repose ma question, puisque j'ai levé les yeux de mes tubes, autant en profiter pour vérifier qu'au fait oui, c'est toujours rien hein. Y'a 2 morts qu'on me répond, donc oui, rien. Je regarde bizarrement, comme 2 c'est pas rien, mais bon, d'accord. Ca plaisante. Encore un coup des français aigris, Jacques vient de frapper. Je commence à trouver ça moyennement drole leurs conneries de plaisanteries, parce que si y'a vraiment 2 morts, ça ne me fait plus du tout rire en fait, mais chef nous rejoint et me parle science, puisqu'avec 2 mois de retard elle vient de finir par lire cette super-publi-de-la-mort-qui-tue-qu'il-faut-ABSOLUMMENT-que-tu-lises-chef, et elle est toute excitée. Et Londres est loin. D'ailleurs à travers la baie vitrée on aperçoit toujours un joli chateau et un ciel calme, alors autant parler boulot.
Et puis entre la clope et le retour aux graines, je regarde quand même les blogs des copains, parce que bon, je le vaux bien. Et puis quand même, il est dans sa banlieue, je ne suis pas particulièrement inquiète, et puis Dan l'a dit et re-dit, c'est rien. Mais pourquoi parle-t'il d'évènements alors ?
Informations. Ouvrir la lucarne d'internet dans ma bulle bien close.
Merde, c'est pas rien.
Merde.
Coup de stress. Il y a des gens que j'aime bien, ses amis à lui, et ils ne vivent pas en banlieue, eux. Où sont-ils ?
Impossible de retourner planter mes graines.
Je vérifie son blog. Toujours rien. J'y retourne. Est-ce qu'ils vont bien ?
J'ai oublié d'ouvrir mon email aujourd'hui, et je me sens tout à coup bien stupide, isolée dans ma bulle. Un message est là, il n'a pas oublié d'écrire un mot pour me rassurer malgré sa journée éprouvante.
Je reprends donc mes activités.
Le G8 est à quelques dizaines de miles, mais personne ne semble s'interesser au terrorisme dans ma bulle. Fran répète son talk, conférence la semaine prochaine. Chef continue à m'expliquer les magnifiques idées qu'elle vient d'avoir, les clones de mes idées d'il y a 2 mois, comme d'habitude. Elle avait peut-être écouté à l'époque, finalement. Ou pas.
Le labo se vide, le labmeeting de demain matin est en chantier, 1/6ème de ma to do list est barrée au stylo vert, et une fois n'est pas coutume, je regarde le JT. Pas encore le réflexe BBC, mon fond franchouillard choisi France 2 et Pujadas pour aller constater de mes yeux que si ce n'était pas "rien", c'était quand même "pas grand chose" hein, personne n'a hurlé ici, alors ça ne pouvait définitivement pas être si grave, hein ?
Erreur. Ou horreur. Des images que je suis heureuse de ne pas avoir vues avant de savoir que tout le monde allait bien, très égoïstement. Et ce con de Pujadas est "surpris par le flegme des britanniques". Serait-il possible d'éviter les clichés à 2 balles ce soir ?
Mais il doit finalement avoir raison. Dans ma bulle, aujourd'hui, pas un seul caillou n'a ricoché sur le blindage pour m'avertir qu'il se passait vraiment quelque chose. Alors que j'habite au Royaume-Uni.
Alors je me demande, les miens, mes anglais du labo à moi, sont-ils tout simplement particulièrement flegmatiques, ou juste totalement et cruellement indifférents ?
mercredi 6 juillet 2005
Entre les deux...
Puisque je n'ai rien à faire et que ma to do list n'est pas du tout entrain de déborder -et oui en le souligant, j'y crois un peu-, je me régale à lire les conneries de mon bien-aimé président qui n'est en ce moment même qu'à quelques dizaines de miles du labo, et quelque part ça fait chaud au coeur (not).
Mais quand même, une phrase que personne ne verra, malgré les milliers de paires d'yeux qui vont certainement glisser sur cet article de yahoo actu, une petite phrase de rien du tout et tout à fait insignifiante, qui n'a même d'autre intéret que de remplir le vide de la non-information de ce mercredi soir, une phrase à la con donc, fait se dresser bêtement mes poils d'écossaise dans l'âme.
"L'avion du président français s'est posé sur l'aéroport de Prestwick, situé entre Glasgow et Edimbourg". Parce que moi je ne savais pas que j'habitais plus près de Prestwick que de Glasgow. Encore un mensonge éhonté des compagnies low-cost enfin démasqué ? Ou bêtement un journaliste de plus qui se contente de répandre son ignorance en toute impunité ?
Mais quand même, une phrase que personne ne verra, malgré les milliers de paires d'yeux qui vont certainement glisser sur cet article de yahoo actu, une petite phrase de rien du tout et tout à fait insignifiante, qui n'a même d'autre intéret que de remplir le vide de la non-information de ce mercredi soir, une phrase à la con donc, fait se dresser bêtement mes poils d'écossaise dans l'âme.
"L'avion du président français s'est posé sur l'aéroport de Prestwick, situé entre Glasgow et Edimbourg". Parce que moi je ne savais pas que j'habitais plus près de Prestwick que de Glasgow. Encore un mensonge éhonté des compagnies low-cost enfin démasqué ? Ou bêtement un journaliste de plus qui se contente de répandre son ignorance en toute impunité ?
Décalée...
Il y a quand même des jours pourris hein, faut pas croire, parce que juste quand je m'amuse trop, je dois certainement trouver le moyen inconscient de me punir, comme si l'humeur légère et le sourire resplendissant ça ne pouvait pas être moi. Beurre ou confiture, jamais les deux, sinon c'est trop de plaisir. Je devrais me convertir à la Church of England finalement... même si... enfin non.
Cette façon super con de se sentir exclue, pas à sa place, déplacée, mal à l'aise, c'est débile.
Prenons hier soir par exemple, au hasard. Hier soir donc. Fatiguée. Le labo est de sortie au pub, pour l'anniversaire du technicien. 23 ans, né en 1982. On rigole, enfin j'essaie entre 2 baillements, ils boivent de la bière, moi de l'irn-bru. Besoin d'encore plus de caféine pour ne pas m'écrouler sur les sièges en osier du bistro. Et puis l'autre post-doc, en père responsable, s'en va, les jumeaux à mettre au lit. Les amis du jeunot nous rejoignent. Et tout à coup la réalité me frappe.
Je me sens fatiguée, je suis de 4 ans l'ainée du plus vieux à table, ils parlent tous thèse et rédaction, et anglais.
Parce que j'ai beau avoir vécu bientot 3 ans ici, l'anglais "de groupe", ça sonne encore un peu chinois.
Parce que mes années de thèse sont finies, et que si je peux encore compatir à l'angoisse du thésard, je ne peux plus partager. Moi c'est docteur.
Parce que je suis la petite de la famille, la fille qui a un an d'avance, la gamine qui a passé son bac a 16 ans, la chieuse qui essaie de suivre les grands, pas l'ancienne, je sais pas faire, je n'aime pas faire, le role ne me convient pas.
Parce que j'ai juste envie d'aller me coucher.
Mais le jeunot insiste, Eve please come to the restaurant, come-on it's my birthday !, et puisque j'aime bien quand on m'aime bien comme ça, alors me voici entrain de me réveiller doucement dans l'atmosphère feutrée du chinois d'à coté. Ca continue à parler rédaction, prêt étudiant, trucs de djeun's british. Et je continue à manger mon calamar en silence.
J'ai toujours envie d'aller me coucher.
Je ne suis toujours pas à ma place.
Et tout à coup, me voilà entrain de rire nerveusement, après l'aterrissage brutal d'un verre de rouge sur ma jupe blanche, qui ne le sera donc jamais plus. Quelle idée aussi de mettre une jupe une fois par an, et justement le jour où c'est officiel, tu es une looser ma fille, et tu sembles bien le chercher, quand même.
Sur le chemin du retour, alors que les djeun's se dirigeaient eux vers la suite des festivités, et que je boitais dans mes sandales en essayant d'ignorer la vieille odeur de vin qui m'entourait, les bras chargés des restes du gateau d'anniversaire du jeunot, cuisiné avec amour la veille au soir alors que je m'endormais déjà devant le four, l'oeil terne, la cerne hyperdéveloppée, et les cheveux trop lourds à porter, j'ai essayé de ne pas pleurer. Pour m'éviter un spectacle encore plus sinistre. Et surtout parce que je sais que quelque part, il existe un endroit où je me sens parfaitement à ma place. Je devrais juste éviter de le quitter pour aller au pub. Je suis quand même vachement mieux au labo.
Cette façon super con de se sentir exclue, pas à sa place, déplacée, mal à l'aise, c'est débile.
Prenons hier soir par exemple, au hasard. Hier soir donc. Fatiguée. Le labo est de sortie au pub, pour l'anniversaire du technicien. 23 ans, né en 1982. On rigole, enfin j'essaie entre 2 baillements, ils boivent de la bière, moi de l'irn-bru. Besoin d'encore plus de caféine pour ne pas m'écrouler sur les sièges en osier du bistro. Et puis l'autre post-doc, en père responsable, s'en va, les jumeaux à mettre au lit. Les amis du jeunot nous rejoignent. Et tout à coup la réalité me frappe.
Je me sens fatiguée, je suis de 4 ans l'ainée du plus vieux à table, ils parlent tous thèse et rédaction, et anglais.
Parce que j'ai beau avoir vécu bientot 3 ans ici, l'anglais "de groupe", ça sonne encore un peu chinois.
Parce que mes années de thèse sont finies, et que si je peux encore compatir à l'angoisse du thésard, je ne peux plus partager. Moi c'est docteur.
Parce que je suis la petite de la famille, la fille qui a un an d'avance, la gamine qui a passé son bac a 16 ans, la chieuse qui essaie de suivre les grands, pas l'ancienne, je sais pas faire, je n'aime pas faire, le role ne me convient pas.
Parce que j'ai juste envie d'aller me coucher.
Mais le jeunot insiste, Eve please come to the restaurant, come-on it's my birthday !, et puisque j'aime bien quand on m'aime bien comme ça, alors me voici entrain de me réveiller doucement dans l'atmosphère feutrée du chinois d'à coté. Ca continue à parler rédaction, prêt étudiant, trucs de djeun's british. Et je continue à manger mon calamar en silence.
J'ai toujours envie d'aller me coucher.
Je ne suis toujours pas à ma place.
Et tout à coup, me voilà entrain de rire nerveusement, après l'aterrissage brutal d'un verre de rouge sur ma jupe blanche, qui ne le sera donc jamais plus. Quelle idée aussi de mettre une jupe une fois par an, et justement le jour où c'est officiel, tu es une looser ma fille, et tu sembles bien le chercher, quand même.
Sur le chemin du retour, alors que les djeun's se dirigeaient eux vers la suite des festivités, et que je boitais dans mes sandales en essayant d'ignorer la vieille odeur de vin qui m'entourait, les bras chargés des restes du gateau d'anniversaire du jeunot, cuisiné avec amour la veille au soir alors que je m'endormais déjà devant le four, l'oeil terne, la cerne hyperdéveloppée, et les cheveux trop lourds à porter, j'ai essayé de ne pas pleurer. Pour m'éviter un spectacle encore plus sinistre. Et surtout parce que je sais que quelque part, il existe un endroit où je me sens parfaitement à ma place. Je devrais juste éviter de le quitter pour aller au pub. Je suis quand même vachement mieux au labo.
mardi 5 juillet 2005
Hier encore, j'avais 20 ans...
... et 105 mois plus tard je me sens tout à coup vieille et fatiguée, et mes baillements me l'ont rappelé tout au long de cette journée, malgré la surdose de café, irn-bru et autres proplus caféinés.
Je ne suis plus capable d'aligner les courtes nuits de sommeil.
Et toujours pas tellement le temps de dormir.
A force de courir je commence effectivement à m'essoufler.
Je ne suis plus capable d'aligner les courtes nuits de sommeil.
Et toujours pas tellement le temps de dormir.
A force de courir je commence effectivement à m'essoufler.
lundi 4 juillet 2005
Jardins d'enfants...
A trip to B&Q. Quite an exciting moment in a plant biologist life. Well, at least in mine. Our growth rooms are ready, 3 months behind the schedule, but hey, they're the most beautiful rooms i've ever seen.
A trip to B&Q then. The 2 female postdocs on a shopping mission. Heaven. To buy pots, sticks, scoops, cans, and more important than anything, compost. And believe me, there is an amazing range of compost types. Amazing.
But no "lemmington" compost, our favorite.
Bugger.
A shop assistant is around, so here i am, asking advices on what to buy instead of our dear lemmington compost.
"-Well, it depends love, what do you want to grow ?
- Arabidopsis thaliana...
- What ???
- Hm, a weed
- A weed ???? Oh boy... are you mad ?"
Well, maybe i am, but the cold room is now full of the richest compost ever, i've got sand to make sand castles, or maybe to mix to the compost, and this week i'm eventually going to be able to put my hands in some soil, and to grow my plants. Without them dying in the hostile environment of the old departmental growth rooms.
Life couldn't feel better for mad weed biologists.
A trip to B&Q then. The 2 female postdocs on a shopping mission. Heaven. To buy pots, sticks, scoops, cans, and more important than anything, compost. And believe me, there is an amazing range of compost types. Amazing.
But no "lemmington" compost, our favorite.
Bugger.
A shop assistant is around, so here i am, asking advices on what to buy instead of our dear lemmington compost.
"-Well, it depends love, what do you want to grow ?
- Arabidopsis thaliana...
- What ???
- Hm, a weed
- A weed ???? Oh boy... are you mad ?"
Well, maybe i am, but the cold room is now full of the richest compost ever, i've got sand to make sand castles, or maybe to mix to the compost, and this week i'm eventually going to be able to put my hands in some soil, and to grow my plants. Without them dying in the hostile environment of the old departmental growth rooms.
Life couldn't feel better for mad weed biologists.
vendredi 1 juillet 2005
Bristol calling.
Ce soir, je prends l'avion.
Ce soir, je vais en Angleterre.
Ce soir, je vais remonter Gloucester road et descendre Ashley down road.
Ce soir, je vais aller dire bonjour à mon take-away chinois préféré.
Ce soir, je vais peut-être monter au grenier pour constater les changements.
Ce soir, je vais essayer de ré-apprivoiser Seamus, et qui sait, d'ici la fin du WE il viendra peut-être à nouveau frotter son museau sur le mien.
Ce soir, je dors avec Teddy. Coincé sous ma couette.
Ce soir, je vais passer des heures sur la table en bois du jardin à rigoler en fumant des clopes avec Helen, devant un déca ou un verre de rouge.
Ce soir, je rentre à la maison.
Ce soir, je vais en Angleterre.
Ce soir, je vais remonter Gloucester road et descendre Ashley down road.
Ce soir, je vais aller dire bonjour à mon take-away chinois préféré.
Ce soir, je vais peut-être monter au grenier pour constater les changements.
Ce soir, je vais essayer de ré-apprivoiser Seamus, et qui sait, d'ici la fin du WE il viendra peut-être à nouveau frotter son museau sur le mien.
Ce soir, je dors avec Teddy. Coincé sous ma couette.
Ce soir, je vais passer des heures sur la table en bois du jardin à rigoler en fumant des clopes avec Helen, devant un déca ou un verre de rouge.
Ce soir, je rentre à la maison.
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