jeudi 29 décembre 2005

Partir à point.

Je cours, je cours, je suis en retard, alors je cours, changer les draps, passer l'aspirateur, arroser les plantes, vérifier les PCR, ah non pas l'temps, faire les courses, gratter la voiture, ne pas tomber sur le verglas, courir, zut plus qu'une heure avant de partir pour l'aéroport, je suis en retard, je suis en retard...
Et voilà que l'avion de Sophie a lui aussi du retard.
Un monde où tout le monde serait systématiquement en retard, ce serait quand même un monde parfait.
Et donc si vous nous cherchez, Sophie et moi on est là.
Et puis bonne année, hein.

mardi 27 décembre 2005

Même habitants du même temps.

Hier, en passant en coup de vent récupérer la voiture de chef en prévision de l'invasion franco-suisse prévue pour cette fin de semaine, parce que cette année Hogmanay sera écossais et entre copines, je suis tombée dans une faille spatio-temporelle, sorte de piège à mauvaise humeur, dont il me reste de vagues images.
Comme de se retrouver à faire "boing" sur le canapé du salon avec un chien, un bébé phoque et 2 gamins surexcités, au son de "If you're happy and you know it", parce qu'un petit garçon a découvert comment faire marcher la télé et le lecteur de DVD, et qu'à présent il faut danser et chanter toute la journée.
Ou comme le moment où mari-de-chef a décidé de me resservir un quatrième verre de rouge en poussant un plat de meringue vers mon assiette, à peine vidée de son dernier morceau de poisson fumé, alors que les bougies éclairaient 6 visages souriants autour de la table.
Ou comme le moment où l'équipe jaune composée de soeur-de-chef, mère-de-chef et moi-même avons victorieusement célébré dans le whisky notre écrasante victoire pas du tout sur le fil du rasoir sur l'équipe verte composée de chef, mari-de-chef et père-de-chef. Avec un moment d'anthologie familiale désormais gravée dans le marbre de la famille H. lorsque mère-de-chef a eu la lourde tache de nous faire deviner "Wee Willy Winkie" ... non, je n'ai pas pris de photo du dessin, mais je suis sure que la pièce à conviction est en sûreté quelque part.
Ou comme lorsque j'ai expliqué à chef que malgré les tous petits 400 mètres et la quasi-ligne droite qui séparent nos 2 maisons, il me semblait plus raisonnable de repasser prendre la voiture demain, une histoire d’alcoolémie qu’on rigole pas avec quand il s’agit des affaires du boss, quoi, tu comprends ?
Ce qui me fait penser que, quand je dis que je suis particulièrement douée pour me faire adopter, finalement, c’est pas du pipeau.

lundi 26 décembre 2005

La p'tite monnaie de Noël.

Ce que j'aime par dessus tout le 24 décembre au soir, c’est recevoir un message de chef qui me demande "au fait, à quel âge tu les as transférées tes plantes ?".
Et la rappeler, du coup, parce que c'est plus simple de vive voix.
Et donc parler boulot.
Et se dire l'une à l'autre que quand même, ce soir, on ne devrait pas y penser.
Mais que quand même, c'est dur de ne pas.
Comme quoi, je ne suis pas la seule.

Ce que j’aime aussi, c’est recevoir un coup de fil d’Helen, et se raconter nos vies tranquillement, malgré les festivités qui prennent place autour, et décider de passer le réveillon à regarder le même film à la téloche, juste pour se dire qu’on passe Noël ensemble.

Ce que j’aime encore, au petit matin, c’est ouvrir le colis qu’Helen m’a envoyé, ainsi que les paquets laissés par chef, Carole et Gary, et de réaliser qu’il y a une poignée d’amis qui me connaissent tellement bien qu'ils arrivent à me faire rigoler, comme ça, là, toute seule, dans le salon envahi de papiers déchirés.

Comme quoi Noël, c’est pas si mal.

vendredi 23 décembre 2005

Transgène de Noël.

Cher papa Noël,
Cette année, je ne veux qu'une seule chose.
Oh, je sais, c'est une grosse chose, c'est sur.
Mais j'ai été gentille, j'ai travaillé très dur, et il parait que t'es vachement balèze, alors je te fais confiance.
Ne me déçois pas, parce que franchement c'est ta dernière chance.
Non, non, ne te sens pas agressé, je ne menace pas, je préviens. Nuance.
Je voudrais juste que ça là, ce soit vrai:
Evil transgenic Christmas weed
Merci.

Le loup-garou de James Bond.

Puisqu'en essayant un peu énergiquement de nettoyer mes lunettes ce matin, j'ai fait valser un des bitoniaux qui les calent sur mon nez -après d'ailleurs l'avoir fait FONDRE à l'éthanol 100%, comme quoi il m'arrive parfois des trucs incroyables- j'ai du filer chez l'opticien du centre commercial, pour le faire remplacer.
£3.50 l'un, £5 les deux, mais il vaut mieux changer les 2 ensembles ma p'tite dame m'a t’on dit.
D'accord, whatever.
Quand l'opticienne m'a rendu mes lunettes avec un sourire ultra-brite assez flou dans mes brumes myopes, je me suis retrouvée un peu surprise. Désagréablement surprise, s'entend.
Là où ce matin encore trônaient des petits triangles en plastique d'une épaisseur discrète d'un quart de millimètre au grand maximum, sont apparus des boudins d'un bon 2mm de tranche.
Oh, la belle affaire pourrait-on penser. Si tu le penses vraiment, tu ne portes pas de lunettes, et tu ferais mieux de te taire.
Bref, une fois sortie de ma surprise et en continuant à regarder le sourire ultra-brite m'annoncer un truc à propos du resserrage des branches, j'ai fini par murmurer "but... don't you have anything a wee bit more... er... thin ?"
Le sourire ultra-brite se fige un chouilla, "no, that's all we've got", mais reprend du poil de la bête en rajoutant un "so, is this all right ?" qui attend si visiblement un "yes, thanks" qu'il m'en retourne l'humeur.
Et au lieu de me contenter de me taire et d'être polie, au lieu de sourire à cette gentille vendeuse, je m'entends dire, dans ma voix des mauvais jours, celle qu'aucun inconnu n'a jusqu'alors eu le déplaisir de croiser, cette voix glaciale empruntée à mon père et que j'arrive pourtant de mieux en mieux à contrôler, "It's not as if i had any choice, is it ?", en jetant mon billet de £5 sur le comptoir.
Métamorphose immédiate, le sourire se fond en un regard mouillé, je viens bêtement de blesser une vendeuse qui pensait avoir fait du bon travail en me rendant service. Incroyable sensation de culpabilité et de colère mêlées, que j'ai fini par laisser couler.
Cette fille vient juste de payer. De payer pour toutes ces années à dire "oui merci, c'est très bien merci". De payer pour toutes ces fois où je n'ose pas dire ce que je pense, pour toutes ces frustrations, et tous ces gens heureux en plein coeur des fêtes de fin d'année, et pour toutes les peurs que je me trimballe ces derniers temps, et pour cette vulnérabilité que j'aimerai pouvoir complètement camoufler, et pour cette putain de bronchite qui refuse de partir, et pour ces gens qui continuent à me voir transparente, à commencer par ma propre mère, trop occupée par son Géant Vert pour pouvoir ne serait-ce que passer à la poste, et pour cette impression que je parle dans le vide et que mes mots ne servent le plus souvent à rien, transformés, déformés et interprétés par des gens qui ne m'écoutent pas, et pour ces séquences ratées, cette translocation pourrie, tous ces murs sur lesquels je me tape la tête pour rien, et pour toutes mes déceptions, mes envies inavouées, mes échecs, ma trouille, mon ras-le-bol, mon envie de retourner sous la couette chaque matin.
Il y avait tout ça dans cette colère. Complètement inappropriée. Totalement injuste.
Mais pour tout ça, le prix est finalement minuscule. Une vendeuse contrariée, qui aura certainement tôt fait d'oublier l'incident, puisque c'est Noël et que le monde entier ne pense qu'à acheter sa dinde avant que les magasins ne ferment, mais pas de panique, Sainsbury's est ouvert jusqu'à minuit ce soir.
Il n'empêche, honteuse de toute cette haine, j'ai fini par souhaiter poliment un "Merry Christmas" en sortant précipitamment de la boutique pour retourner au labo. Duquel je devrai à l'évidence éviter de sortir ces temps-ci.
Parce qu'à Noël, la lune est pleine.

jeudi 22 décembre 2005

Avec une pipette à la main, j'ai peur de rien ?

Le problème avec les conférences comme ça où tout le monde se connait et se tappe dans le dos, où l'humeur bon(ne ?) enfant ferait presque chaud au coeur, nous autres photobiologistes britanniques on s'aime et on se le dit, bref, le problème, c'est de s'apercevoir que mon travail à moi n'avance pas assez vite. Du tout.
Du tout.
Le problème c'est qu'au lieu d'échanger et de pulluler de nouvelles idées à tester dès le pied reposé en Ecosse, j'ai finalement passé mon temps à me comparer aux autres et à me morfondre dans ma peur de ne pas réussir à produire une chouette histoire, un jour.
Proche si possible, le jour.
Le problème c'est qu'au lieu d'apprécier les sourires des gens pas mécontents de me revoir, au lieu de me concentrer sur les discussions interessantes auxquelles j'ai participées, au lieu de me souvenir que JC (le chercheur le plus sexy d'Ecosse himself, ouais, ouais) m'a demandé avec un gentil sourire si la place à coté de moi était libre et s'il pouvait s'y assoir au conference diner, je ne revois que les regards vides des quelques-uns qui continuent depuis plus de 3 ans à m'ignorer, visiblement.
Le problème, c'est que le verre n'existe que vide ou plein, et que je ne connais pas les demi-mesures.
Et qu'à choisir entre 2 options, je prends rarement celle qui me fait du bien.

mercredi 21 décembre 2005

Builletin de santé.

L'ennui avec des poumons qui brulent, outre l'impossiblité de courir dans les escaliers de Birmingham New Street station pour ne pas rater son train ou de porter un sac sans se transformer en Darth Vader, et ne parlons même pas du paquet de cigarettes qu'on regarde avec des yeux de chiens battus en se disant que c'est chiant d'être raisonnable quand même, non, l'ennui c'est surtout que si je suis malade samedi je ne pourrai pas passer la journée avec ce petit garçon que j'aime et dont les poumons sont bien plus fragiles que les miens.
J'ai donc rendez-vous chez le General Practitioner tout à l'heure.
Preuve s'il en fallait que je ne suis pas aussi têtue qu'on le prétend.
Si l'argument est valable.
Parfois.
Hm.

dimanche 18 décembre 2005

Respire.

Chaque journée amène sa nouvelle théorie loufoque, même si je ne suis pas hypocondriaque, ni même très douillette, mais quand même.
Décollement de la plèvre ? Un peu dramatique, certes. Mais se faire réveiller en sursaut par une douleur aiguë et des poumon qui ne peuvent plus se remplir, du tout, puis un petit peu, mais au prix d'un supplice qui ressemble à un massage d'épines à coeur ouvert, ça fait penser à des trucs cons.
Bon, en se calmant, et malgré la douleur qui déchire sa mère, et qui fait pleurer à gros bouillons en grelotant dans le couloir, parce qu'en pleine nuit il fait froid chez nous, surtout dans le couloir, mais ce serait tout de même balot de mourir dans ma chambre fermée sans que personne ne s'en aperçoive, alors restons dans le couloir, bref, j'ai fini par me dire que c'était peut-être un machin musculaire, finalement, après tout, mon décollement de la plèvre. Un simple muscle froissé, et qui crie sa detresse.
Alors je suis retournée pleurnicher en respirant par petits à-coups dans mon lit, sans pouvoir me rendormir, et j'ai passé la journée suivante à essayer de faire taire la douleur à coup de codéine, paracétamol et ibuprofène, chacun son tour, et on recommence. Sans effet.
On m'a suggéré une côte fêlée autour d'un plat de sushis. Hypothèse très vite rejetée, juste parce qu'elle ne me plait pas, et que les sushis à l'avocat étaient trop bons pour penser à s'inquiéter. Oui, oui, j'appelerai NHS direct en rentrant. Si, j'ai mal, j'ai même une grosse envie de pleurer, mais bon, je ne vais pas m'y mettre là, les larmes dans le calamar, c'est très moyen, et le vin rouge, c'est finalement plus efficace que la codéine. Et puis, tu sais, je n'ai jamais cassé un seul os là-dedans, l'avantage d'avoir une épaisse armure de gras protectrice.
Une nuit avec une bouillote sous le bras gauche, oscillant entre le dos et la poitrine, ne m'a pas empêchée de me réveiller toussotante, grelotante, fatiguée. Alors quoi, bronchite ? Pneumonie ? Tuberculose ?
Non, je n'appelerai pas NHS direct, je suis tétue.
Même si je donnerai beaucoup pour me retrouver sur mon petit lit parisien, un cataplasme sur le dos, un pot de citronnade chaude sur le sol, et papa me racontant Hensel et Gretel pour que je m'endorme après le départ du Dr Brestovansky.
Au lieu de ça, j'ai acheté/emballé/torché tous les cadeaux de Noël, vaincu Endnote et enfin rentré toutes mes références, passé l'aspirateur et la serpillère, et demain dès l'aube je m'envole vers Leicester, célébrer l'année qui s'achève et la photobiologie.
Parce que le travail, c'est la santé.

vendredi 16 décembre 2005

Christmas spirit.

Oh il s’en passe des trucs, il s’en passe.
Comme de se retrouver un peu éméchée à raconter ma vie au postdoc du labo du dessous qui du coup me raconte la sienne. Le tout sur fond de pubcrawl départemental, parce que Noël chez nous, c’est juste un prétexte de plus pour descendre des bières.
Comme de se retrouver sur un canapé à lire des histoires à un petit garçon blond et câlin sous les regards un peu incrédules de la douzaine de collègues, venus célébrer Noël devant un (ou deux) (ou plus) verre(s) de bon vin offerts par chef et son mari (parce que finalement Noël ce n’est pas que de la bière), collègues qui donc n’avaient pas vraiment réalisé que j’avais un amoureux secret dans la famille de chef. Mais si, il n’a d’yeux que pour moi, et moi que pour lui.
Comme de se retrouver en pleine nuit dans la cuisine à tartiner du Mont d’Or sur une baguette juste chaude, parce qu’il faut quand même éponger la bière / le vin / le gin-tonic / le whisky, qui font tourner la Terre bien trop vite pour que je puisse dormir, puisque je vous dis que Noël c’est fait pour boire.
Comme de s’apercevoir que le temps passe, puisque oui, le rendez-vous annuel à Leicester c’est encore pour lundi et mardi (et non je ne suis pas de corvée de talk cette année, il y a une justice dans ce monde), et que finalement mes années ne sont pas rythmées par les guirlandes et les santons, mais bel et bien par des conférences prétextes à boire un peu plus. Ma théorie se confirme donc.
Comme de se dire "Noël prochain en Laponie ?" en rigolant dans le téléphone avec Helen, et d’y repenser sans rigoler finalement, parce qu’il parait qu’on ne vit qu’une seule fois. Et puis ils font peut-être un tord-boyaux qui vaut le déplacement dans l’usine du père Noël, non ?

mardi 13 décembre 2005

Juste une illusion.

Il fait nuit. Ma cigarette se consume, un peu toute seule. Il y a du vent. Je regarde au loin, là-bas, au-dessus des serres, et j’aperçois le Vercors. Un reflet bleuté clairement découpé au dessus des lumières de la ville. Le vent souffle encore. Le nuage se déplace, et mon Moucherotte se disloque, disparaît, laissant place à l’obscurité du ciel écossais.
Pour un trop court instant, je m’étais imaginée chez moi.